Clotilde Leguil

  • Cet ouvrage a pour ambition de donner une portée clinique et politique à l'aphorisme « Céder n'est pas consentir ». Il démontre la profondeur de cette distinction, en s'appuyant sur la psychanalyse, la philosophie et la littérature. Le consentement porte toujours en lui une énigme, car consentir, c'est dire « oui », sans savoir, sur fond d'un pacte de confiance avec l'autre. Ce fondement énigmatique du consentement, qui peut aussi comporter une ambiguïté, ne doit pas être confondu avec le forçage. Cet essai pose donc la nécessité éthique d'affirmer une frontière entre « consentir » et « céder » en distinguant l'énigme du consentement comme expérience subjective, de l'expérience du traumatisme sexuel et psychique. Examinant les différents degrés du « se laisser faire », depuis l'expérience de la passion amoureuse jusqu'à celle d'un « se forcer soi-même à faire ce qu'on ne désire pas », Clotilde Leguil montre comment la frontière peut devenir trouble. Traumatisme de guerre, traumatisme intime, comment revenir de ce qui s'est produit ? Comment à nouveau consentir à dire ? S'inscrivant dans l'actualité du mouvement metoo, des collages anti-féminicides, et de la parution du récit événement de Vanessa Springora, cet essai, clinique et politique, fait valoir la nécessité de retrouve une langue à soi, pour pouvoir dire « je » à nouveau.

  • Il y en a aujourd'hui qui haïssent le « Je », qui déclarent sa fin prochaine, ou même sa disparition accomplie. Il y en a qui préfèrent le « Nous », l'identité qui peut se partager ; d'autres encore qui préfèrent le « Il » scientifique, l'identité qui peut se compter. Comment alors continuer à être « Je » lorsque l'époque tend à faire disparaître la nécessité d'un rapport subjectivé à son existence ? Le narcissisme de masse se présente paradoxalement comme un effort pour continuer à exister en première personne dans le monde uniforme de la mondialisation. Mais ce narcissisme de masse n'est-t-il pas un autre piège ? Le déchaînement des passions sur les réseaux sociaux, la mise en scène de sa vie privée, le partage de son intimité, nous aident-ils vraiment à retrouver notre singularité perdue dans l'univers irrespirable de la quantification de soi et de la marchandisation des expériences ? Parier sur le « Je » offre une autre voie que le narcissisme. Parier sur le « Je », c'est accepter de miser sur la parole et le langage, c'est continuer de croire avec Freud et Lacan dans les messages de ses rêves et de ses cauchemars, c'est ne pas suturer la dimension de l'inconscient. Parier sur le « Je », c'est faire une traversée : la traversée des identités.

  • Pour être de son temps, l'amoureuse du XXIe siècle doit-elle s'en tenir à la recherche d'un éros léger, sans entrave et sans conséquence ? Lorsqu'elle n'y parvient pas, doit-elle consentir à laisser sa passion aux mains de ceux qui n'y voient qu'un dysfonctionnement neuro-cognitif ? À l'envers de ces visions réductrices de l'expérience amoureuse, le cinéma nous en révèle la valeur initiatique. Avec Virgin Suicides (S. Coppola), La Vie des autres (F. Henckel von Donnersmarck) et Mulholland Drive (D. Lynch), Clotilde Leguil nous dévoile le making-of des amoureuses. Au cours de leur voyage, Lux, Christa et Diane, les héroïnes de ces films, se perdent dans un monde étrange où rien n'était écrit comme elles s'y attendaient. Si l'une nous apprend que l'expérience de la « première fois » ratée peut confronter une jeune fille à une angoisse indicible, l'autre nous révèle en quel sens l'amour peut devenir un lieu de résistance à la déshumanisation totalitaire, et la troisième nous confronte à la signification dernière de la recherche du secret de la féminité.L'expérience amoureuse, à travers la destinée de ces trois héroïnes de notre temps, se donne alors comme un passage secret vers la connaissance de soi.Clotilde Leguil est philosophe et psychologue. Elle a contribué à L'Anti-livre noir de la psychanalyse, sous la direction de Jacques-Alain Miller (Seuil, 2006), et est l'auteur de La Pensée éthique contemporaine (avec J. Russ, coll. « Que sais-je ? », PUF, 2008).

  • Le climat du XXIe siècle est à l´affranchissement des normes de genre. Les sujets contemporains croient de moins en moins en des rôles d´homme et de femme, qu´ils n´auraient qu´à jouer comme une partition écrite à l´avance. Ils ont raison. Cette nouvelle émancipation fait-elle pour autant disparaître la valeur de la question du genre dans une existence ? Que reste-t-il du genre une fois que l´on en a déconstruit les normes ?
    Avec Lacan, la psychanalyse a ouvert la voie à un abord du genre qui fait voler en éclats tous les stéréotypes et introduit du trouble en chaque être. Les études de genre lui sont en cela redevables. À partir de figures d´hommes et de femmes hors normes au cinéma (de Billy Wilder à Guillaume Gallienne), dans la littérature contemporaine (Édouard Louis, Catherine Millet, Delphine de Vigan, Pascal Bruckner), Clotilde Leguil nous montre ce que peut signifier « être un homme » ou « être une femme » au XXIe siècle par-delà toute norme.

  •  Qu´est devenue la psychanalyse du XXIe siècle outre-Atlantique ? À partir d´une réflexion sur le projet même de construire une série sur la psychanalyse, cet ouvrage interroge ce que la série In Treatment nous apprend sur le sort de la psychanalyse nord-américaine : psychanalyse de l´ordinaire, approche des souffrances de l´homme normal, mais aussi dépréciation profonde de la valeur de la parole et oubli de la dimension de l´inconscient. Elle nous montre - malgré elle - la dimension désastreuse de toute psychanalyse qui ne se fonde pas sur la fonction de la parole et du langage mais seulement sur le care et le soutien. On y saisit, à travers la pratique de Paul Weston, psychanalyste désabusé, ce que serait devenue la psychanalyse en France sans Jacques Lacan.

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