Herve Guay

  • Dans les années précédant la Première Guerre mondiale, les arts de la scène connaissent un essor étonnant à Montréal. Visible dans les journaux, un éveil culturel sans précédent prend la forme d´articles en tous genres qui mènent à la naissance de la critique théâtrale professionnelle au Canada français. Objet de suspicion, le théâtre ne manque pas de provoquer dans les journaux des prises de position singulières et d´âpres discussions quant aux modèles à suivre et à la voie à prendre pour faire de Montréal une métropole culturelle digne de ce nom. Les discours sur le théâtre qui peuplent la presse hebdomadaire permettent de saisir cet élan et de découvrir les journalistes qui l´ont soutenu. À travers eux, c´est un pan méconnu de l´histoire culturelle montréalaise qui s´offre au lecteur.
    Journaliste culturel au Devoir pendant vingt ans, Hervé Guay est professeur à l´Université du Québec à Trois-Rivières. Son amour du théâtre et de la littérature l´a incité à s´intéresser à l´histoire culturelle ainsi qu´à la dramaturgie et aux pratiques scéniques contemporaines.

  • Le public québécois manifeste aujourd'hui un engouement certain pour le théâtre documentaire. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. La rapidité avec laquelle cette esthétique s'est imposée depuis les années 2000 est à la source de cet ouvrage collectif et en explique la forme : non pas celle d'une histoire qui reste à faire, mais celle d'un étoilement que les auteur·e·s de l'ouvrage appréhendent à partir de multiples perspectives. Sont regroupés sous l'appellation de « théâtres documentaires » une variété de créateurs et de démarches que réunit l'idée d'interprétation du réel, à comprendre ici dans sa double acception de jeu avec la réalité et de point de vue sur celle-ci. On cherchera donc à saisir le fonctionnement - tant sur le plan éthique et politique que dans sa dimension véritablement esthétique - des principales manifestations de ce mouvement au Québec et à se demander à quels besoins répond cette prédilection soudaine pour la factualité dans une vie théâtrale qui s'en était très bien passée jusque-là.

  • Dirigé par Christian Saint-Pierre, le dossier prend sa source dans une soirée du Festival du Jamais Lu 2011 placée sous le signe de l'urgence. Dix textes tirés de ce spectacle ont été choisis pour leur diversité et l'acuité de leur prise de parole. Parmi les auteurs, mentionnons Fanny Britt, Philippe Ducros, Emmanuelle Jimenez, Catherine Léger, Jean-François Nadeau et Marcelle Dubois. Hors dossier, on trouve notamment des entrevues avec Daniela Nicolò et Enrico Casagrande, Bruce Gladwin et Louise Lecavalier, une réflexion sur la figure du couple en danse contemporaine québécoise et une carte blanche au scénographe Max-Otto Fauteux.

  • Dirigé par Catherine Cyr, le dossier analyse quelques-unes des formes que revêt aujourd'hui la mise en action du spectateur au théâtre. Alors qu'Anyssa Kapelusz aborde le passage de la « participation » au « participatif », Gilbert Turp analyse la fragile relation qui unit l'acteur au spectateur. Certains textes posent leur éclairage sur une pratique ou une oeuvre en particulier, comme un parcours ambulatoire créé par Sophie Cadieux et Alexia Bürger ou une pièce présentée dans un hôtel abandonné de New York. On trouve aussi dans ce numéro un portrait du dramaturge Jean-Paul Quéinnec et le compte rendu d'un colloque consacré aux enjeux du son au théâtre.

  • Depuis l'annonce de la « mort de l'auteur » par Roland Barthes en 1968, employer le terme d'« auteur » et, avec lui, celui d'« autorité » sur l'oeuvre, est devenu sujet à polémiques. L'idée d'un auteur qui détiendrait la vérité sur son oeuvre est totalement évacuée.
    Cette problématique est d'ailleurs plus forte lorsqu'il s'agit de spectacles vivants et en particulier de théâtre, car avec la disparition progressive, sur les scènes contemporaines, du textocentrisme et de l'idée d'un « art à deux temps », que souligne Hans-Thies Lehmann, la notion d'auteur s'est déplacée de la production du texte théâtral à la production d'objets scéniques, des metteurs en scène se voyant, par là même, désignés comme « écrivains de plateau », selon Bruno Tackels, si bien que « toutes les places du schéma qui organise le circuit de la parole de l'Auteur au Spectateur, en passant par le relais des acteurs et des personnages, sont à reconsidérer ».

  • Si Jean Genet a passé peu de temps en Amérique du Nord, la rencontre de l'écrivain avec ce continent a été déterminante. Non seulement les États-Unis ont inspiré continûment les derniers écrits de Genet, mais l'oeuvre et les interventions militantes de ce dernier ont trouvé dans toute l'Amérique du Nord un écho tant politique que littéraire, cinématographique et dramatique. Ce dossier vise à rendre compte de cette rencontre entre l'écrivain français et la vie politique et culturelle nord-américaine, en interrogeant non seulement la place de l'Amérique du Nord dans le parcours et l'oeuvre de Genet, mais aussi l'héritage, souvent scandaleux et fasciné, que Genet a laissé dans les deux territoires américains qu'il a traversés : les États-Unis et le Québec. Revenant sur l'importance bien connue des États-Unis dans le parcours de Genet, le dossier propose aussi pour la première fois d'explorer les liens entre l'écrivain et le Québec. On a connaissance en effet, grâce à L'ennemi déclaré et Un captif amoureux notamment, des voyages de Genet aux États-Unis, mais on sait moins qu'au tournant des années 1970, l'écrivain s'est aussi arrêté au Québec où il a rencontré plusieurs figures majeures du Front de libération du Québec et accordé des entretiens à forte teneur politique. Certes les passages de Genet au Québec furent très rapides. Ils n'en restent pas moins significatifs à maints égards. Au seuil de ce dossier sur « Jean Genet, les États-Unis et le Québec », et avant de présenter plus en détail les articles et documents qu'il contient, nous proposons de reconstituer le récit peu connu des séjours québécois de Genet, et ainsi d'introduire quelques-uns des aspects fondamentaux du rapport de l'écrivain à l'Amérique du Nord tout en esquissant le portrait du dernier Genet.

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