Virginie Linhart

  • Tu n'avais qu'à avorter : il n'en voulait pas, de cette gosse ! Ce sont peut-être ces mots, prononcés un matin d'été par sa mère, qui ont conduit la narratrice à écrire L'effet maternel. Cette gosse, c'est sa fille aînée qui vient de fêter ses 17 ans. Que s'est-il passé pour qu'une mère assène une pareille horreur ? Il y a eu des coups de griffe, des silences, mais aussi beaucoup d'amour dans cette relation ponctuée de vacances joyeuses et ensoleillées. D'où vient alors cette cruauté ?
    L'auteure va remonter le cours de cette histoire singulière et, chemin faisant, l'entrecroiser avec la grande Histoire. Les dégâts causés par la Shoah, le mouvement de Mai 68 et les conquêtes féministes des années 1970. De cette rencontre entre l'individuel et le collectif naît un admirable récit.

  • - Papa, je voudrais faire une enquête sur les maos, qui faudrait-il interviewer à ton avis ?
    Il a grimacé...
    -On ne parle plus jamais du maoïsme en France, et toi, qui en étais une des têtes pensantes, tu es devenu silencieux. J´aimerais demander à ceux qui militaient avec toi alors, ce qu´ils pensent de ton silence.
    Haussement d´épaule.
    -Tu sais papa, moi, quand tu t´es arrêté de parler, j´avais quinze ans. À quinze ans, on a beaucoup de souvenirs. Arrête de penser que parce que tu parais vivre sans mémoire, c´est pareil pour tout le monde !
    Il me regarde, il a les larmes aux yeux.
    - C´est notre secret ma petite fille...
    - C´est quoi notre secret ?
    /> - Que tu saches tout ça, et que moi je ne parle plus.

    Je suis la fille de Robert Linhart, fondateur du mouvement prochinois en France et auteur de L´Etabli. Mon père est une des figures les plus marquantes des années 1968. Malheureusement, il en est aussi l´une des figures les plus marquées.
    En chemin pour retrouver les anciens compagnons de mon père, j´ai découvert leurs enfants. À travers leurs souvenirs, c´est ma propre enfance qui a ressurgi : tout le monde n´a pas eu la chance d´avoir des parents révolutionnaires...
    VL

  • Avant et après Mai 68 ils furent quelques dizaines, puis presque un millier, à quitter leur famille, à abandonner leurs études, pour partir travailler en usine. Ils renonçaient à leur statut d'intellectuel, choisissaient de vivre aux côtés des ouvriers, insufflant l'idée révolutionnaire dans les usines. Ils s'inspiraient des recommandations du président Mao Tse Toung qui prônait de « descendre de cheval pour cueillir les fleurs ». On les a appelés « les établis », un terme mystérieux qui au fil des années ne disait quasiment plus rien à personne alors que j'avais passé mon enfance parmi eux. Lorsque j'ai commencé à partir à la recherche de ceux qui s'étaient établis, j'avais leur âge : celui de leur départ en usine. C'était pour moi la première tentative de réconciliation avec le passé militant de mes parents dont je ne connaissais que les désenchantements. Au fil des récits, au rythme des paroles recueillies, je découvrais les références, les aspirations et les désillusions d'une époque où l'engagement était total. Je pensais alors que si je parvenais à bien comprendre cette histoire, la mienne ferait sens. J'ignorais encore qu'après les parents il me faudrait aller chercher leurs enfants dans un autre récit, écrit vingt ans plus tard, pour enfin avoir le sentiment que les petits cailloux ramassés en chemin toutes ces années m'avaient permis de trouver ma propre route. Virginie Linhart, née en 1966, est réalisatrice de documentaires. Elle a récemment publié Le jour où mon père s'est tu (Seuil, 2008), couronné par le prix de l'essai de l'Express. Volontaires pour l'usine. Vies d'établis (1967-1977) est son premier livre.

  • La vie après

    Virginie Linhart

    « L´amour de mon grand-père pour la Suisse où nous passions nos vacances m´a toujours agacé. A ses yeux, c´était le pays le plus formidable au monde. Comme si le fait que la Suisse se soit tenue à l´écart de la seconde guerre mondiale lui permettait d´échapper à son histoire tragique de juif polonais. Nous, ce n´était pas une chape de plomb qui recouvrait notre passé mais un épais manteau blanc de neige immaculée : jamais mon grand-père ne parlait de ce qu´il avait vécu, jamais il n´aurait toléré que ma grand-mère le fasse.
    Pour comprendre leur histoire, il m´a fallu aller à la rencontre d´autres juifs survivants, rescapés de l´enfer des camps d´extermination. A eux, j´ai osé poser les questions qui m´ont été si longtemps interdites : comment renouer avec le fil d´une existence interrompue dans une telle violence ? Comment se reconstruire quand tant des vôtres ont disparu ? Comment croire en l´avenir, à l´amour, en la descendance ? Comment vivre après ?
    C´est en les regardant, en écoutant leur récit, en riant avec eux, même du pire, que j´ai enfin compris ce qui plaisait tant à mon grand-père en Suisse. » V.L

  • Issu du film documentaire réalisé pour France 2, Le Travail dans la balance, cet ouvrage donne la parole aux personnes rencontrées à l'occasion du tournage dans les tribunaux des prud'hommes : les plaignants, les conseillers issus du patronat ou des syndicats, enfin les avocats qui interviennent aux conseils des prud'hommes.

empty