Stock

  • Monsieur Linh est un vieil homme. Il a quitté son village dévasté par la guerre, n´emportant avec lui qu´une petite valise contenant quelques vêtements usagés, une photo jaunie, une poignée de terre de son pays. Dans ses bras, repose un nouveau-né. Les parents de l´enfant sont morts et Monsieur Linh a décidé de partir avec Sang diû, sa petite fille. Après un long voyage en bateau, ils débarquent dans une ville froide et grise, avec des centaines de réfugiés. Monsieur Linh a tout perdu. Il partage désormais un dortoir avec d´autres exilés qui se moquent de sa maladresse. Dans cette ville inconnue où les gens s´ignorent, il va pourtant se faire un ami, Monsieur Bark, un gros homme solitaire. Ils ne parlent pas la même langue, mais ils comprennent la musique des mots et la pudeur des gestes. Monsieur Linh est un coeur simple, brisé par les guerres et les deuils, qui ne vit plus que pour sa petite fille. Philippe Claudel accompagne ses personnages avec respect et délicatesse. Il célèbre les thèmes universels de l´amitié et de la compassion. Ce roman possède la grâce et la limpidité des grands classiques.

  • Le métier de Brodeck n´est pas de raconter des histoires. Son activité consiste à établir de brèves notices sur l´état de la flore, des arbres, des saisons et du gibier, de la neige et des pluies, un travail sans importance pour son administration. Brodeck ne sait même pas si ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal, il faudra beaucoup de temps pour que la situation s´améliore.

    « On ne te demande pas un roman, c´est Rudi Gott, le maréchal-ferrant du village qui a parlé, tu diras les choses, c´est tout, comme pour un de tes rapports. » Brodeck accepte. Au moins d´essayer. Comme dans ses rapports, donc, puisqu´il ne sait pas s´exprimer autrement. Mais pour cela, prévient-il, il faut que tout le monde soit d´accord, tout le village, tous les hameaux alentour. Brodeck est consciencieux à l´extrême, il ne veut rien cacher de ce qu´il a vu, il veut retrouver la vérité qu´il ne connait pas encore. Même si elle n´est pas bonne à entendre.

    « A quoi cela te servirait-il Brodeck ? s´insurge le maire du village. N´as-tu pas eu ton lot de morts à la guerre ? Qu´est-ce qui ressemble plus à un mort qu´un autre mort, tu peux me le dire ? Tu dois consigner les événements, ne rien oublier, mais tu ne dois pas non plus ajouter de détails inutiles. Souviens-toi que tu seras lu par des gens qui occupent des postes très importants à la capitale. Oui, tu seras lu même si je sens que tu en doutes... » Brodeck a écouté la mise en garde du maire.

    Ne pas s´éloigner du chemin, ne pas chercher ce qui n´existe pas ou ce qui n´existe plus. Pourtant, Brodeck fera exactement le contraire.

    PRIX GONCOURT DES LYCEENS 2007

  • Une jeune enfant est retrouvée morte, assassinée sur les berges engourdies par le gel d´un petit cours d´eau. Nous sommes en hiver 1917. C´est la Grande Guerre. La boucherie méthodique. On ne la voit jamais mais elle est là, comme un monstre caché. Que l´on tue des fillettes, ou que des hommes meurent par milliers, il n´est rien de plus tragiquement humain.

    Qui a tué Belle de Jour ? Le procureur, solitaire et glacé, le petit Breton déserteur, ou un maraudeur de passage ? Des années plus tard, le policier qui a mené l´enquête, raconte toutes ces vies interrompues : Belle de jour, Lysia l´institutrice, le médecin des pauvres mort de faim, le calvaire du petit Breton... Il écrit avec maladresse, peur et respect. Lui aussi a son secret.

    Les âmes grises sont les personnages de ce roman, tout à la fois grands et méprisables. Des personnages d´une intensité douloureuse dans une société qui bascule, avec ses connivences de classe, ses lâchetés et ses hontes. La frontière entre le Bien et le Mal est au coeur de ce livre d´une tension dramatique qui saisit le lecteur dès les premières pages et ne faiblit jamais. Jusqu´à la dernière ligne.

  • Cendrillon

    Eric Reinhardt

    C´est un livre d´amour. C´est un livre d´amour dédié à une saison, l´automne. C´est un livre d´amour et de guerre sur la mondialisation, les dérives du capitalisme moderne.

    Laurent Dahl prend la fuite, abandonnant femme, enfants, appartement londonien et domestiques. Son ascension fulgurante dans une société d´investissements vient de s´achever en faillite. Patrick Neftel roule à vive allure vers un studio de télévision, des armes cachées dans le coffre de sa voiture, pour accomplir le geste radical et désespéré qui lui donnera enfin le sentiment d´exister. Thierry Trockel conduit son épouse vers un manoir isolé aux environs de Munich. Ils doivent y retrouver un couple rencontré sur Internet.

    À travers ces trois personnages issus d´une classe moyenne toujours malmenée par l´auteur du Moral des ménages, c´est la société dans toute sa rudesse qui se révèle : traders bourrés de cocaïne, laissés pour compte de la promotion sociale, parents soumis et humiliés, adolescents rageurs, jeunes gens avides et ambitieux, arrogance et dégradation des people, mépris des intellectuels de gauche pour les déclassés.

    Cendrillon est le roman que l´on attendait sur notre monde, un monde qui agonise et ressuscite d´un marché financier à l´autre : documenté, précis, captivant. On se passionne pour les paris périlleux des spéculateurs qui jouent avec l´argent des autres, au risque de tout perdre.

  • La ballade de Lila K, c´est d´abord une voix : celle d´une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l´ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l´a prise en charge.  Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n´a qu´une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue.  Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d´un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n´ont plus droit de cité.  Au cours d´une enquête qui la mènera en marge de la légalité, Lila découvrira peu à peu son passé, et apprendra enfin ce qu´est devenue sa mère. Sa trajectoire croisera celle de nombreux personnages, parmi lesquels un maître érudit et provocateur, un éducateur aussi conventionnel que dévoué, une violoncelliste neurasthénique en mal d´enfant, une concierge vipérine, un jeune homme défiguré, un mystérieux bibliophile, un chat multicolore...

    Roman d´initiation où le suspense se mêle à une troublante histoire d´amour, La ballade de Lila K est aussi un livre qui s´interroge sur les évolutions et possibles dérives de notre société.

  • Perla

    Frédéric Brun

    Même en littérature, parfois, on ressent un besoin d'urgence. L'urgence de publier sans attendre Perla, ce texte calme et brûlant, premier livre de Frédéric Brun qui n'a rien d'urgent justement, ni de pressé ni de rapide. Il ne s'agit pas d'un roman, ni d'un journal ni encore d'une autofiction. C'est le livre d'un fils qui raconte l'histoire de sa mère Perla, déportée à Auschwitz, Perla qui se meurt cinquante ans plus tard, enfin apaisée. Entremêlant le passé et le présent de cette femme, décrivant et dénouant très minutieusement ses liens d'enfant, Frédéric Brun impose tout au long de son récit tant un personnage qu'un univers qui, parce qu'il ne ressemble à nul autre nous ressemble à tous. On comprend dès lors la fascination de l'auteur pour certains poètes du romantisme allemand, sa joie d'être père, la détresse infinie de Perla et ce drôle de couple, Frédéric et sa mère, qui ne parviendra jamais tout à fait à se séparer. " J'aurais toujours un cartable sur le dos, celui d'un enfant qui part à l'école de la vie. Tu le remplis encore. Une mère, en fait, cela ne meurt jamais. "

  • Nagasaki

    Eric Faye

    « Clandestine depuis un an  Il s´étonnait de voir des aliments disparaître de sa cuisine : un quinquagénaire célibataire des quartiers sud a installé une caméra et constaté qu´une inconnue déambulait chez lui en son absence. » Un simple fait divers dans un quotidien du matin à Nagasaki.  Tout commence par des disparitions, en effet, des déplacements d´objets.  Shimura-san vit seul dans une maison silencieuse qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. C´est un homme ordinaire, qui rejoint chaque matin la station météorologique de la ville en maudissant le chant des cigales, déjeune seul et rentre tôt dans une retraite qui n´a pas d´odeur, sauf celle de l´ordre et de la mesure.  Depuis quelque temps déjà, il répertorie scrupuleusement les niveaux et les quantités de nourriture stockée dans chaque placard de sa cuisine. Dans ce monde contre lequel l´imprévu ne pouvait rien, un bouleversement s´est produit.  Devant l´écran de son ordinateur et grâce à sa caméra, Shimura-san finit par apercevoir l´intruse. Il y a bien quelqu´un chez lui. Il a vu son profil. Il l´observe. Il attend d´être sûr. Est-ce une hallucination, un fantôme de ses échecs sentimentaux passés, une amante amère et revancharde ? Il finit par appeler la police. L´invitée est embarquée et mise en cellule.  On apprendra par les agents en charge de l´enquête et lors du jugement que cette femme à peine plus âgée que son hôte avait trouvé refuge chez lui au cours de son errance. Il partait sans fermer à clé, seule concession à sa maîtrise. On lira qu´elle aimait sentir sur sa peau le rai de lumière qui traversait la pièce l´après-midi et l´odeur des draps propres dans l´armoire qui lui servait de chambre. Tel un animal, cette femme sans passé sentait la menace, détectait le bruit des pas et bondissait se cacher, à l´abri du danger. Elle ne voulait rien de plus qu´être là, sans déranger. Elle aussi était seule.  On apprendra bien d´autres choses encore ; sur la mémoire des lieux et la mémoire tout court, dans une lettre finale que la « clandestine » adressera au maître des lieux, désertés.

  • Une pièce montée

    Le Callet-B

    Une pièce montée a pour toile de fond un mariage à la campagne dans la bourgeoisie de province. Chaque chapitre, centré sur un des personnages de la fête, raconte une histoire qui prend place dans l´album de famille. De la demoiselle d´honneur confrontée à l´injustice au collègue dragueur invétéré, ou à la tante excentrique en quête d´amour, de la grand-mère indigne à la mariée au bord de la crise de nerfs, les personnages hauts en couleurs défilent à travers des scènes drôles, cocasses ou attendrissantes. On passe sans cesse du rire aux larmes. Les masques tombent et les secrets de famille éclatent.

    Blandine Le Callet nous entraîne à travers une galerie de portraits justes et émouvants. Elle nous plonge au coeur de situations fortes en émotions aux dialogues drôles et percutants. De véritables tranches de vie.

  • L'Enfant GrecC´est l´histoire d´un va-et-vient incessant entre deux jardins, celui de l´enfance, situé dans le quartier de Callithéa à Athènes, et le jardin du Luxembourg, où le narrateur erre péniblement, soutenu par ses béquilles. Il vient de subir une grosse opération, mais qui n´intéresse plus personne, sauf la dame qui tient les toilettes du jardin, un clochard nommé Ricardo, la directrice du théâtre de marionnettes et un vieil homme à cheveux blancs qui ressemble à Jean Valjean. La solitude fait peu à peu surgir autour de lui tous les héros de son enfance, ceux qui ont réellement fréquenté le Luxembourg, comme Jean Valjean et les trois mousquetaires, mais aussi Tarzan qui ne comprend pas pourquoi on construit des maisons autour des jardins alors qu´il y a tant de places dans les arbres, des orphelins, des pirates, des Indiens et Richelieu qui surveille tout ce petit monde à travers les fenêtres du Sénat. Il y a aussi la mort, représentée par une marionnette géante vêtue de blanc qui a des pattes de poulet à la place des mains, et une belle Italienne coulée dans du bronze.
    Le bruit du monde parvient assourdi jusqu´au jardin : on entend les cris des jeunes gens qui manifestent place de la Constitution à Athènes, on apprend que Zorba a dansé dans le Bundestag devant les députés allemands. Comme les romanciers aiment bien envoyer leurs personnages sous terre, dans les égouts ou dans les terriers, l´histoire finira dans les catacombes. Jean Valjean aura la bonté de porter le narrateur sur son dos. Comme on le devine, le personnage central du roman est la littérature.



    Vassilis Alexakis a publié entre autres Paris-Athènes, La langue maternelle (prix Médicis 1995), Les mots étrangers, Ap. J.-C. (Grand Prix du roman de l´Académie Française 2007) et Le premier mot. L´enfant grec est son quatorzième roman.

  • Dans ce nouveau roman, Hubert Mingarelli met en scène des soldats d´une compagnie isolée en Pologne, dont la mission est impossible. Soit ils participent chaque jour aux exécutions sommaires, soit ils sont envoyés dans la campagne alentour pour en ramener « un », c´est-à-dire un Juif, qu´ils devront ensuite livrer à leur supérieur et donc à la mort.
    Trois hommes, las des fusillades, prennent la route un matin, et avancent péniblement dans la neige, le ventre vide et les pensées tournées vers leur vie civile, sans autre choix que de prendre part à une chasse à l´homme à laquelle ils ne croient pas.
    Ce jour-là, ils débusquent presque malgré eux un Juif caché dans la forêt et, soucieux de se nourrir et de retarder leur retour au camp, ils vont procéder dans une maison abandonnée à la laborieuse préparation d´un repas avec le peu de vivres dont ils disposent. Les hommes doivent trouver de quoi faire du feu et réussir à porter à ébullition une casserole d´eau. Ils en viennent à brûler le banc sur lequel ils sont assis, ainsi que la porte derrière laquelle ils ont isolé le Juif. Le tour de force d´Hubert Mingarelli constitue à mettre autour d´une table trois soldats allemands, un jeune Juif et un Polonais de passage dont l´antisémitisme affiché va, contre toute attente, réveiller chez les soldats un sentiment de fraternité vis-à-vis de leur proie.
    Se posent alors des questions monstrueuses : Faut-il proposer au Juif de manger ? Et, une fois le repas partagé, faut-il le ramener ou le libérer ?
    C´est ici qu´Hubert Mingarelli, dans son style sobre et précis, met le lecteur face à sa conscience et la logique meurtrière à laquelle sont soumis ces hommes. En convoquant la peur, la raison, l´espoir, la folie et l´humanité contenus en chacun d´entre nous.

  • Est-il vrai que le « ou » exprime la lourdeur comme le pense Victor Hugo et que le « r » évoque l´écoulement de l´eau comme l´affirme Platon ? Quelle est la durée moyenne de vie d´un mot ? Pourrait-on écrire un roman français en utilisant exclusivement des mots d´origine étrangère ? Pourquoi les grands singes utilisent-ils trois cris différents pour prévenir d´un danger ?  Une foule d´interrogations secondaires apparaissent autour de la question principale : quand les hommes ont-ils parlé ? Et qu´est-ce qu´ils ont dit quand ils ont parlé ? Quel a été le premier mot ?  Le problème fait d´autant plus rêver qu´il est difficile à résoudre. Il fallait donc un roman pour l´aborder. Le premier mot est avant tout l´histoire d´un homme, Miltiadis, né en Grèce, professeur de littérature comparée à Paris, qui aimerait, avant de mourir, connaître ce mot. Hélas, il meurt avant de l´avoir découvert. C´est sa soeur, une femme d´une soixantaine d´années, qui se chargera d´élucider l´énigme. Elle rencontrera des scientifiques de tous bords,squi lui parleront du cerveau humain, du langage des bébés, des chimpanzés et de l´homo sapiens, de Darwin et des créationnistes, de Rousseau et d´un roi d´Égypte qui avait fait élever ses enfants loin du monde pour voir dans quelle langue ils s´exprimeraient spontanément.  On verra évoluer autour d´elle plusieurs personnages ; Aliki, la femme du disparu, Théano, sa fille, Jean-Christophe, son ami de toujours, Bouvier, son vieux maître, un professeur de linguistique américain qui meurt dans les bras d´une femme dont il ne connaît pas la langue, une mendiante roumaine qui apprend le français sous la couverture qui lui sert d´abri, et Audrey, une jeune fille sourde, qui se prépare à participer à une représentation d´Antigone en langue des signes. Il semble que nos ancêtres gesticulaient beaucoup avant de commencer à parler, comme d´ailleurs nous continuons à le faire.
    La passion que met cette femme à mener son enquête jusqu´au bout donne la mesure de sa détresse. Comme elle ne peut pas échouer, elle réussira.

  • « Pendant trois ans, je me suis rendue une fois par semaine chez le docteur C. À chaque séance, j'avais l'impression de lui donner un livre, il s'agissait toujours de liens, de séparations, de rencontres, à chaque séance, je construisais et déconstruisais un édifice amoureux. Mes Mauvaises Pensées est le récit de cette confession, j'ai voulu raconter le métier de vivre et le métier d'aimer. Ce n'est pas le récit d'une thérapie, ce n'est pas une légende, c'est un roman parce que c'est une histoire rapportée ; c'est l'histoire de ma famille, de l'Amie, de la Chanteuse, d'Hervé Guibert, c'est l'histoire de mes deux pays. Je n'ai jamais quitté l'Algérie, on m'a enlevée à l'Algérie, je n'ai jamais fait mes adieux, j'ai appris à devenir en France et je crois que je suis née deux fois. Mes Mauvaises Pensées est aussi mon retour vers le pays où j'ai laissé quelque chose qui n'a jamais cessé de grandir dans mon dos, et qui n'a jamais cessé de m'effrayer. » Nina Bouraoui

  • Onze voix, onze personnages racontent la fin de l'amour.

    Comment tout cela est-il arrivé ? Agacements, baisers distraits, affrontements, histoires ratées avant d'avoir commencé, c'est le couple mis à nu, sans les artifices de la fiction. Le couple déchiré et meurtri, quand l'autre n'est plus désiré ou qu'il ne nous désire plus. Quand la conversation amoureuse fait place au monologue et aux reproches. On ne se supporte plus, on ne rêve plus ensemble, on va se séparer. On va parler aux enfants. Ou bien on pense rattraper le temps perdu et on se tait pour éviter le naufrage. La fin de l'amour c'est aussi la disparition de l'être aimé à qui l'on parle seul dans le noir et sans lequel on ne sait plus où est sa place.

    Ces histoires nous sont familières, nous y retrouvons nos petits arrangements, nos déceptions, notre violence aussi. C'est la vie ordinaire des hommes et des femmes qui tentent, depuis des siècles, l'aventure de l'amour.

  • L'enquête

    Philippe Claudel

    « C´est en ne cherchant pas que tu trouveras. » Comment l´Enquêteur du nouveau roman de Philippe Claudel aurait-il pu s´en douter ? Comment aurait-il imaginé que cette enquête de routine serait la dernière de sa vie ? Chargé d´élucider les causes d´une vague de suicides dans l´entreprise d´une ville qui ressemble hélas à toutes les nôtres, l´Enquêteur est investi d´une mission qu´il doit mener à terme comme il l´a toujours fait. Des signes d´inquiétude s´emparent de lui peu à peu : l´hôtel où il s´installe accueille tantôt des touristes bruyants et joyeux, tantôt des personnes déplacées en détresse. Dans l´entreprise où il devrait être attendu afin de résoudre son enquête, personne ne l´attend et tous lui sont hostiles. Est-il tombé dans un piège, serait-il la proie d´un véritable cauchemar ? On l´empêche de boire, de dormir, de se nourrir, on ne répond jamais à ses questions que par d´autres questions. Le personnel même est changeant, soit affable soit menaçant. À mesure qu´il avance dans ses découvertes, l´Enquêteur se demande s´il n´est pas lui-même la prochaine victime d´une machine infernale prête à le broyer comme les autres. On devine ainsi que l´impuissance de l´Enquêteur à clore son enquête reflète notre propre impuissance face au monde que nous avons construit pour mieux nous détruire.

  • Orphée

    Jean Cocteau

    En 1928, cinq ans après la mort de Raymond Radiguet, lors d'une cure de désintoxication dans une clinique, Jean Cocteau, opiomane, écrit et dessine. Pour lui, il s'agit d'une même activité, du même acte créateur : Ecrire pour moi, c'est dessiner, nouer les lignes de telle sorte qu'elles fassent écriture, ou les dénouer de telle sorte que l'écriture devienne dessin. Ainsi, tout au long des jours, des instants, un livre naît sous nos yeux, fait de notations, de jeux avec les mots, de jugements de poète. Aux commentaires sur la littérature et les écrivains (Proust, Raymond Rousel...) viennent s'ajouter des remarques sur le cinéma (Buster Keaton, Chaplin, Eisenstein, Bunuel), sur la poésie, sur l'art. Le thème lancinant, qui revient au détour de chaque page, c'est celui de l'opium. Tout ce qu'on fait dans la vie, même l'amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort. Fumer de l'opium, c'est quitter le train en marche ; c'est s'occuper d'autre chose que de la vie, de la mort. Ainsi Jean Cocteau retrouve-t-il la grande tradition des poètes visonnaires, de Quincey, Baudelaire, et surtout Rimbaud.

  • Rien de grave

    Justine Lévy

    Depuis qu´Adrien l´a quittée, Louise a perdu le goût, le désir, le sens même de la vie. Elle n´a plus le courage ni d´être heureuse, ni d´avoir mal, ni d´avoir peur. Louise et Adrien s´aimaient comme des enfants terribles, depuis la fin de l´adolescence jusqu´au jour où Adrien rencontre la jeune maîtresse de son père, Paula, femme idéale au regard de tueuse qui brisera le coeur de Louise en tuant l´amour qu´Adrien lui portait. Depuis, Louise se laisse vivre sans vivre. Elle attend sans attendre. Cela aurait pu durer des mois ou des années : seul un nouvel amour permettra à Louise de réapprendre les gestes et de retrouver la saveur de l´existence.

    D´une écriture à la fois sèche, tendre et souvent irrésistiblement drôle, ce livre où l´auteur ne se ménage pas et ne ménage personne, raconte une descente aux enfers et une remontée vers la lumière.

  • Ap. J.-C.

    Vassilis Alexakis

    L´histoire commence aujourd´hui, à Athènes, chez Nausicaa, une dame de quatre- vingt-neuf ans, qui demande à l´étudiant qu´elle héberge de mener une enquête sur les moines du Mont Athos. Songe-t-elle à leur laisser sa fortune ? Espère- t-elle retrouver parmi eux son frère disparu il y a cinquante ans ? Bien qu´il ne s´intéresse qu´à l´histoire ancienne et aux présocratiques, le jeune homme accepte.

    Son enquête le mènera loin, mille ans en arrière, à l´époque de la construction du premier monastère. Plus loin encore, jusque dans l´Antiquité quand l´Athos était déjà habité. Il découvrira que le christianisme ne s´est imposé qu´au prix de destructions et de massacres qui ont duré des siècles et que les dieux olympiens ont connu eux aussi leurs martyrs. Ses investigations lui feront rencontrer des personnages de plus en plus singuliers : un journaliste qui considère la messe orthodoxe comme une oeuvre d´art, un historien qui affirme que le christianisme ne prolonge pas l´Antiquité mais qu´il la suit " comme la nuit suit le jour ", un moine défroqué, un poète péruvien installé sur la Sainte Montagne, les membres d´une étrange communauté près de Salonique qui ont l´habitude, deux fois l´an, de danser pieds nus sur des charbons ardents. Cinq femmes aussi, dont une plongeuse du département d´archéologie sous-marine qui lui fera cadeau de trois noisettes trouvées dans un bateau espagnol coulé en mer Ionienne en 1600. Il fera la connaissance d´un moine français, propriétaire d´une maison en Normandie où l´abbé Prévost écrivit Manon Lescaut, et d´un fou de Dieu, qui salue les avions qui passent avec un drapeau byzantin. Il apprendra que, sur le Mont Athos, en principe interdit aux femmes, des femmes ont dansé il n´y a pas bien longtemps. Il découvrira surtout une communauté richissime, qui pèse d´un poids considérable sur la vie politique du pays et dont personne ne prend le risque de contester les privilèges ni de dévoiler les secrets.

  • Le narrateur revient sur les lieux de son enfance pour enterrer sa mère, morte solitaire dans une petite ville du nord de la France. Cette femme fière et forte l'avait élevé seule, son père étant mort à la guerre. Une photo en tenue d'aviateur sur le mur de la chambre évoquait le héros disparu. Mais un jour la légende familiale s'effondre : l'adolescent découvre que sa mère lui a menti sur ce père auréolé de mystère. Il part brutalement de la maison. Il n'a que seize ans. Il sait aujourd'hui qu'il a brisé le coeur de sa mère par ces longues années de silence accusateur. Il se souvient de la silhouette inquiétante du grand-père qu'il croisait chaque jour sur le chemin de l'école, de la grand-mère craintive et distante. Il devine ce que sa mère lui a sacrifié.
    Ne restent qu'une photographie et une enveloppe qui contiennent le secret de sa naissance. Mais la lumière est-elle toujours préférable à la nuit ?
    Dédié à « celles et ceux que l'on blesse », Quelques-uns des cent regrets est un des plus beaux romans de Philippe Claudel. Le long chemin du narrateur vers l'apaisement possède une forte intensité dramatique. Paru initialement aux éditions Balland, il a reçu le prix Marcel Pagnol en 2000.

  • Mother

    Luc Lang

    Voilà trois histoires qui se contaminent en ayant pour dessein de n´en dire qu´une. Cette histoire, c´est celle d´une Trinité constituée par Andrée, Robert et le fils.
    Ce fils raconte, de sa propre naissance à la mort de sa mère, la fabrication d´une espèce de famille qui tient bon en dépit des éclats, des égarements, des déroutes, grandioses. En dépit aussi des croyances et des visions d´Andrée. Car c´est elle, femme-volcan éprise de liberté, être tout en fureurs, qui trace la destinée commune. Le fils l´a vue en fuite, emportée par des amours imaginaires, puis, toujours, l´a vue revenir. Il l´a vue guérisseuse, médium, inspirée, mais aussi chanteuse de variétés, femme moderne et femme de tête, missionnée, insurrectionnelle et toujours entendue. Il l´a vue aimée par Robert, cet homme-rocher dont l´existence semée de deuils en fait pourtant la cheville ouvrière de cette étrange association familiale. Le fils n´a pas vu la chute finale, il aurait pu la prédire et entendre cette ritournelle, ce « Salut la compagnie ! » dont Andrée usait comme d´une menace, cette fois-ci bien réelle.Hanté par le sentiment de la tragédie imminente, Mother déploie, au présent et en trois axes, une trajectoire clanique autant que familiale toujours imprévisible, en livrant un portrait de la folie qui donne à l´écriture toute son énergie et sa nécessité, et dont souvent on s´arrache par la tendresse et un rire salvateur.

  • Existence

    Eric Reinhardt

    Diplômé d'une école prestigieuse, obsédé de logique et fanatique de l'oeuvre de Wittgenstein, Jean-Jacques Carton-Mercier est devenu à près de quarante ans un cadre supérieur détestable qui méprise ses contemporains. Égocentrique et conformiste, il se comporte en véritable tyran domestique avec son épouse et ses deux enfants. Mais un fait anodin - l'achat d'un Bounty dans une boulangerie - va déclencher dans sa vie une série de catastrophes. Ce misanthrope sûr de ses valeurs et de sa supériorité va rencontrer l'hostilité de ses semblables, découvrir ses faiblesses et ses doutes quant à l'existence qu'il s'est construite. Il perdra sa femme et son travail, sans comprendre ce qui lui arrive. La folle journée de Carton-Mercier, d'humiliations en désastres, est un vrai régal pour l'esprit. Épousant la pensée chaotique du narrateur, souvenirs, hypothèses et inventions diverses bousculent le récit. L'enchaînement inattendu des dialogues et des situations, l'apparition de personnages burlesques font de cette satire sociale le roman le plus drôle et le plus surprenant qui soit.

    Après le Moral des ménages, salué par la critique et les libraires, Éric Reinhardt poursuit avec brio sa charge incisive contre les valeurs conservatrices et dérisoires qui minent nos sociétés.

  • Des amants

    Daniel Arsand

    1749. Sébastien Faure a quinze ans. Alors qu´il garde un troupeau de chèvres et de brebis, surgit un cheval au galop qui désarçonne son cavalier. C´est grâce à quelques plantes séchées qu´il parvient à réveiller le presque mort, Balthazar de Créon. Celui-ci lui promet qu´il est désormais à lui. Fidèle à sa promesse, il revient quelques mois plus tard et emmène Sébastien dans son château de Créon pour l´éduquer, faire de lui un médecin du roi, et surtout l´aimer.
    Balthazar et Sébastien vivent leur passion à l´écart de la société car, à cette époque, on insulte, on violente, on tue deux hommes qui s´aiment.

    Cependant, la fureur du monde les rattrape. La cour, où Créon est invisible, bruisse de terribles rumeurs ; on l´y accuse des pires forfaits et on prépare son procès. Balthazar finira sur un bûcher tandis que Sébastien devra fuir et cacher ses sentiments.

  • Un homme, qui ressemble à Vassilis Alexakis, s´adresse à une personne qu´il connaît bien, une femme qui lui manque et à laquelle il a besoin de se raconter. Il lui plaît de délivrer à cette destinataire des nouvelles du monde aussi bien que des nouvelles plus intimes, qui le concernent, lui et sa famille, lui et ses amours, lui et ses enfants. On découvre peu à peu que les événements rapportés ont eu lieu ces dix dernières années. C´est donc l´histoire d´un homme qui raconte à une absente tout ce qui s´est produit d´important à ses yeux depuis une décennie. Il lui parle très doucement, comme si elle l´entendait vraiment, il croit parfois la distinguer et la croiser sur son passage. Page après page, on devine qu´Alexakis s´adresse à sa mère, qu´il a bel et bien perdue. Voilà l´événement le plus sérieux de sa vie. Il n´y avait aucune raison d´interrompre la conversation, même quand les nouvelles à délivrer ne sont pas si bonnes. Comment révéler à sa mère disparue que son mari, le père du narrateur, est mort à son tour ? C´est le dernier aveu de ce livre, le dernier secret, mais, comme toujours chez Alexakis, il n´y a guère de place pour la complaisance. Ce nouveau roman, qui rassemble tous les thèmes chers à l´auteur de La Langue maternelle et des Mots étrangers, est aussi rieur que tragique. Pourquoi pas universel ?

  • Le jour et l'heure

    Guy Bedos

    Il a beau être cinéaste et non pas acteur ni humoriste, le narrateur du Jour et l´heure ressemble à Guy Bedos comme deux gouttes de fiel et deux pincées d´arsenic. Son succès est derrière lui, il en veut à la terre entière, n´est plus tout jeune et songe sérieusement à en finir bientôt avec la vie. Sa seule condition : choisir le jour et l´heure. Mais il n´a pas prévu qu´en laissant traîner les pages où il exprime sa colère et son ressentiment, ses pulsions suicidaires et ses dernières pensées amoureuses, chacun de ses enfants aura le loisir à tour de rôle de les découvrir, de les lire, de lui répondre.

    Pour son premier roman, aussi décapant et incorrect que l´on pouvait l´espérer, sinon l´imaginer, Bedos a donc choisi le livre à plusieurs voix : un père, son fils, ses filles.

    Oui, ce personnage attachant et insupportable, terriblement lucide sur le monde qui l´entoure, proche et lointain, possède bien le ton et la force de son auteur, mais aussi bien sûr, et surtout, un vrai désespoir de juif new-yorkais qui serait né accidentellement en Algérie, avant-guerre.

  • Il est minuit. L´heure des vérités. L´heure que "Lui" et "Elle" ont choisie pour régler leurs comptes. Si ce règlement de comptes est explosif pour le couple, il est irrésistiblement drôle pour le spectateur.

    Philippe Claudel, pour sa première pièce, dresse un tableau jubilatoire de notre société et passe en revue tous nos excès : de l´éducation des enfants au mépris de la belle-mère, de l´hypocondrie chez les hommes à la chirurgie esthétique chez les femmes, des faux intellectuels à l´hypocrisie politique, de la liberté sexuelle à la mal bouffe. Une comédie d´aujourd´hui.

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