Sciences humaines & sociales

  • Après ses vies de Magellan, de Marie Stuart ou de Fouché, faut-il rappeler le génie de biographe de Stefan Zweig ? Marie-Antoinette (1933) rétablit la courbe et la vérité d'un destin obscurci par la passion ou la honte posthumes. L'auteur a fait le ménage dans la documentation, puisant dans la correspondance de Marie-Antoinette avec sa mère, Marie-Thérèse d'Autriche, et dans les papiers de Fersen, grand amour de la reine. Qui était Marie-Antoinette faite, l'année de ses quinze ans et par raison d'Etat, reine de France ? Une débauchée futile ? Une icône pour la Restauration ? Nous la suivons de la chambre de son époux, qu'elle appelait son « nonchalant mari », le falot Louis XVI, jusqu'au lit de la guillotine. Quel voyage ! Quelle histoire ! Le monde enchanté et dispendieux de Trianon, la maternité, le début de l'impopularité, l'affaire du collier, la Révolution qui la prit pour cible, la fuite à Varennes, la Conciergerie, l'échafaud... Zweig s'est penché sur Marie-Antoinette en psychologue. Il ne la divinise pas : elle « n'était ni la grande sainte du royalisme ni la grande « grue » de la Révolution, mais un être moyen, une femme en somme ordinaire ». Il analyse la chimie d'une âme bouleversé par les événements, qui, sous le poids du malheur et de l'Histoire, se révèle à elle-même et se rachète, passant de l'ombre de la jouissance à la lumière de la souffrance. « A la toute dernière heure, Marie-Antoinette, nature moyenne, atteint au tragique et devient égale à son destin ». Davantage qu'un livre d'histoire : un roman vrai.

  • Fouché

    Stefan Zweig

    Joseph Fouché (1759-1820) a servi avec zèle la République, le Directoire, le Consulat, l'Empire et la Monarchie. Homme de l'ombre, disciple de Machiavel, Fouché aura survécu à tous les changements de régime sans jamais se départir de cette « absence de conviction » qui fascina Balzac autant que Stefan Zweig. Elève chez les Oratoriens, il devint sous la Révolution un pilleur d'églises. Conventionnel modéré, il vota la mort du roi et participa activement au massacre des Lyonnais royalistes. Ambassadeur du Directoire à Dresde, il cambriola son ambassade. Ministre de la Police, à l'abri derrière ses fiches et ses mouchards, il tint tête à Talleyrand et à Bonaparte. Signataire du premier manifeste sur l'égalité, il meurt richissime, duc d'Otrante et sénateur. Joseph Fouché, c'est l'art du reniement, la grâce du traître. Il n'y a pas de personnalité plus décriée que cet homme politique au sang froid. Stefan Zweig nous fait découvrir, à sa manière subjective, une figure cachée et essentielle de l'Histoire française.

  • Le génie du lieu

    Michel Butor

    Quel est ce génie du lieu, cette singulière attraction exercée par une ville sur l'esprit des hommes ? Ces textes rassemblés en 1956 relèvent plus de la critique, de l'étude, que du récit de voyage. Cordoue, Istambul, Salonique, apparaissent comme des objets, des oeuvres collectives portant les empreintes d'un peuple, d'une histoire. En seconde partie, l'auteur tente de percer l'identité plurielle, mystérieuse, de l'Egypte, où il fut professeur.

  • Jeanne d'Arc

    Joseph Delteil

    "Vaste saloperie" selon André Breton, "mauvais livre" selon le rédacteur en chef de La Croix, qui appelle ses les lecteurs à le brûler, Jeanne d'Arc provoque, à sa sortie, la colère des catholiques et des surréalistes réunis dans un combat pompeux. Amour de la chair, intrépidité, souffle lyrique, rien de tout cela ne pouvait satisfaire ces pouvoirs constitués. A peine cinq ans après la canonisation de la sainte, Joseph Delteil osait montrer une Jeanne humaine.Dans cette biographie hors du commun, il la dépouille des oripeaux de la légende pour nous présenter une "fille de France", qui aime, jure, espère, échoue parfois. Alors, elle est sublime.

  • « J'appelle aventurier celui qui s'engage au service d'une cause sans y adhérer ; qui engage sa vie plus pour son propre salut que pour la victoire. Ernst von Salomon, un des précurseurs du renouveau socialiste qui surgira en Allemagne dès 1918 (et qui, tragiquement, aboutira à Hitler quinze ans lus tard), écrit : " Cette première question d'une vie à remplir trouve sa réponse dans la vie même. " T.E. Lawrence remarque : " L'appel du désert pour les penseurs de la ville a toujours été irrésistible. Je ne crois pas qu'ils y trouvent Dieu, mais qu'ils entendent plus distinctement dans la solitude le verbe vivant qu'ils apportent avec eux. " Et Malraux avoue : " Je n'aime pas les pauvres gens, ceux en somme pour qui je vais combattre... Je les préfère uniquement parce qu'ils sont les vaincus. " L'aventurier : le contraire du militant ; étranger par essence au fanatisme et même au manichéisme. L'aventurier : un irréductible solitaire. » R.S.

  • Dans cet essai incisif, Benda s'insurge contre la religion existentialiste et ses apôtres : Heidegger, Sartre, Camus et quelques autres... L'auteur de la Trahison des clercs bouleverse les idées reçues : pour lui, l'existentialisme est un faux remède aux crises de notre temps, une pensée au service de toutes les tyrannies.

  • "J'ai été blessé en Mai 68. Et maintenant, ils m'ont achevé. Et maintenant, je suis mort." C'est par ces mots que le général de Gaulle accueillit le Non des Français au référendum d'avril 69. Entre cette mort politique et la fin à Colombey, dix-neuf mois vont s'écouler durant lesquels le général va voyager, compléter ses Mémoires, s'entretenir avec des proches, se mesurer à la solitude, à la souffrance.
    Compte à rebours dramatique minutieusement restitué par Jean Mauriac. Son sens du détail, l'enchaînement des tableaux composent un destin et disent un discret chagrin. Voici de gaulle grandiose dans l'adversité, solitaire et quotidien, hanté par la mort. De Gaulle, la France au coeur, aux derniers feux de sa vie.

  • Dans cet essai paru en 1957, Emmanuel Berl mesure avec angoisse le repli des Français sur eux-mêmes. Il s'interroge: "Pourquoi la politique en France évolue-t-elle moins comme une histoire que comme une névrose?" Un essai étonnamment actuel.

  • Une immense culture, l'imagination - peut-être même quelque faculté divinatoire - font de Lenotre un détective de l'histoire. Butinant ses Mémoires et archives, décollant les étiquettes, il fait son miel d'anecdotes oubliées, de détails exemplaires. Ce Versailles au temps des Rois restaure en quelque sorte les privilèges du lecteur, qui peut à plaisir dîner à la table de Louis XIV, plonger dans les déshabillés de la Pompadour ou vérifier les comptes de Louis XVI... Héritier de Saint-Simon et d'Alexandre Dumas, l'auteur n'écrit que pour le plaisir d'apprendre et de ressusciter.

  • Le style de Maupassant est aussi pur que sa vie est obscure; il en a brouillé les pistes. Lanoux la restitue comme un roman noir, revenant sur les lieux, retrouvant les textes, interrogeant les derniers témoins... Dans une enquête magistrale, il nous apprend la vie d'un écrivain sensuel, fécond et météorique, emporté par la syphilis et la folie à quarante-trois ans.

  • La Fayette

    Joseph Delteil

    Ecrire la vie d'un homme, pour Delteil, ce n'est pas narrer ses faits et gestes mais "inventer une âme". La Fayette n'est donc pas seulement l'artisan de la liberté, il est le "rêveur éveillé", le propre frère de Jeanne d'Arc, un poète, un don Quichotte en chair et en os...

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