• Plus de soixante ans après, la collaboration française se résume dans la mémoire collective à quelques grands noms, figures emblématiques de la servilité et de la trahison. Ceux-là porteraient sur leurs épaules toute l'ignominie de l'époque. Or, il est d'autres parcours moins célèbres qui éclairent d'une lumière singulière ces années noires. Qui connaît le nom de Jean Deleau, rouage insignifiant de la grande machine nazie ? En juin 1940, il a vingt ans. Le plus bel âge de la vie ? Pas à l'époque, et pas à Neuville-sur-Loire. Deleau est un jeune homme sans histoires, happé par l'Histoire. Quatre ans plus tard, devenu le chef redouté de la « Gestapo française » de Neuville, il échappe de peu à la justice de la Libération. Recherché par toutes les polices, caché pendant vingt ans par sa mère, le traître est arrêté en... 1965. Il sera le dernier des collaborateurs condamné à mort avant d'être gracié, et libéré en 1985. Au-delà du cas dramatique et pitoyable de Jean Deleau, ce roman librement inspiré de faits réels incite à s'interroger. Choisit-on de devenir un traître ? Est-on le jouet d'événements qu'on ne maîtrise pas ? Peut-on être coupable sans être responsable ?

  • Conquérir les foules et, qui sait, modifier le cours de l'Histoire : de Jean Jaurès au 14e dalaï-lama, les grands hommes ont dû recourir au souffle du verbe pour éveiller les consciences, frapper les imaginations, emporter l'adhésion.Dans ce recueil, Dominique Jamet, journaliste et écrivain, ancien président de la Bibliothèque nationale de France, a choisi vingt discours qui ont marqué le XXe siècle. Vingt morceaux d'éloquence signés Jaurès, Wilson, Gandhi, Roosevelt, Churchill, de Gaulle, Kennedy, Luther King, Che Guevara, Allende, Sadate, Badinter, Mitterrand, Jean Paul II, Arafat, Mandela, Chirac, Rabin, Havel ou encore Tenzin Gyatso, l'actuel dalaï-lama.Chaque discours est replacé, tout comme son auteur, dans son contexte historique, et commenté par Dominique Jamet.

  • « Si je vous écris, ce n'est pas pour solliciter de vous une quelconque faveur, fût-ce celle d'un simple entretien. Ni pour porter à votre connaissance quelque fait grave, dont vous n'auriez pas été informé, et demander votre intervention, votre médiation, votre arbitrage, mais pour vous dire deux ou trois choses que j'ai sur le coeur... Vous avez été élu en 1995 sur la base d'un programme et de promesses qu'à peine en place vous vous êtes empressé d'enterrer et de renier. En 1997, vous avez provoqué des élections législatives anticipées qui ont précipité la défaite de votre majorité. Par la suite, vous avez semé le doute, la discorde et la division dans votre propre camp. (...) Vous avez affaibli la droite, les institutions, la France. « Votre bilan est-il si brillant qu'il vous autorise et qu'il nous incite à envisager votre réélection ? À trois ans du terme de votre mandat, vous voilà déjà en campagne, en selle et tout fringant, prêt à nous faire derechef don de votre personne. Merci du cadeau. Tenez-vous tant à couronner votre carrière en vous honorant d'être l'homme qui, après avoir fait battre Giscard et élire Mitterrand, aura ouvert les portes de l'Élysée à Lionel Jospin ? »

  • Des "moins de vingt ans" discutent sur l'Armée autour d'un magnétophone. Sujet brûlant : Dominique Jamet, meneur du jeu, n'a pas trop de toute sa diplomatie pour forcer chacun, chacune, à accuser sa position, sans envenimer le débat. Du goût des armes à l'objection de conscience, l'éventail des idées exprimées ici est largement ouvert, et le lecteur se passionne malgré lui.

  • Des "moins de vingt ans" discutent sur l'Armée autour d'un magnétophone. Sujet brûlant : Dominique Jamet, meneur du jeu, n'a pas trop de toute sa diplomatie pour forcer chacun, chacune, à accuser sa position, sans envenimer le débat. Du goût des armes à l'objection de conscience, l'éventail des idées exprimées ici est largement ouvert, et le lecteur se passionne malgré lui.

  • Finalement, cette fameuse guerre du Golfe n'aura pratiquement pas fait de victimes. Du moins dans les rangs de la coalition. Car si l'on comptabilisait les pertes en vies humaines, civiles et militaires, subies par la population irakienne avant le cessez-le-feu, on serait plutôt enclin à conclure que cette partie de plaisir ressemblait fort à un jeu de massacre. Au fait, s'agissait-il vraiment d'une guerre, ou bien d'une partie de Golfe, de bunker en bunker, d'un grand safari électronique et planétaire où les uns, armés jusqu'aux dents, ont joué avec talent le rôle du chasseur tandis que les autres, tirés comme des lapins, tenaient comme ils le pouvaient celui du gibier ? Avait-on bien affaire à des hommes, en effet, avec ce que cela comporte de droits et de dignité ? Ou à des sous-hommes, dont la vie et la mort ne comptent guère, ne comptent pas ? Il est beaucoup question en France, depuis quelques années, d'une société à deux vitesses. C'est l'image en réduction d'une humanité à deux niveaux. À l'opposition entre le capitalisme et le socialisme, entre l'Est et l'Ouest, a succédé la distinction entre le Nord et le Sud, autrement dit entre les riches et les pauvres. On pourrait aussi parler d'un monde d'en haut et d'un monde d'en bas. En temps de guerre, en haut il y a ceux qui lancent les bombes, en bas ceux qui les reçoivent sur la gueule, et ça fait, voyez-vous, une sacrée différence.

  • Il y a vingt ans, un homme dans un livre, jugeait avec sévérité, et même avec férocité, du haut de ses principes, le président de la République d'alors, et dénonçait l'exercice solitaire du pouvoir, sa dérive monarchique et même dictatoriale, le dessaisissement du Parlement, la mainmise sur l'audiovisuel, les atteintes incessantes aux textes constitutionnels, au droit, aux libertés. Cet homme s'appelait François Mitterrand. Ce livre s'appelait Le Coup d'État permanent. En relisant, à la lumière de 1984, Le Coup d'État permanent, en suivant pas à pas, comme un guide, ce livre malheureusement épuisé, et curieusement introuvable, comme s'il n'était plus à mettre entre toutes les mains, c'est en somme à François Mitterrand lui-même, autorité indiscutable, que Dominique Jamet a demandé d'apporter sa contribution critique et de l'aider à juger le président de la République d'aujourd'hui. L'opposition consisterait-elle à dire n'importe quoi et le pouvoir à faire n'importe quoi ? Il est permis de se poser la question en essayant de démêler ce que François Mitterrand signerait encore et ce qu'il ne pourrait plus écrire, quelle était dans le Coup d'État permanent (Ed. Plon) la part des convictions profondes et celle des circonstances passagères, ce qu'il reste du discours de la Vertu quand il n'est plus nécessaire, quelle « part de vérité » en somme, on jette par-dessus bord quand on quitte définitivement la rive gauche pour la rive droite, Château-Chinon et la rue de Bièvre pour l'Élysée, et qu'on traverse la Seine par le pont au Change ? À chacun son coup d'État est-il un simple pamphlet ? Pire, c'est un miroir.

  • Joseph Caillaux... Ce nom est aujourd'hui largement et injustement oublié. Oublié le grand ministre des Finances et le combat opiniâtre qu'il poursuivit de 1899 à 1914 pour doter la France d'une fiscalité moderne, techniquement efficace, socialement équitable, par la création de l'impôt sur le revenu. Oublié le « coup d'Agadir » de 1911 : confronté en tant que chef du gouvernement français à une crise majeure provoquée par l'empereur d'Allemagne, Caillaux sut éviter la guerre programmée par les boutefeux des deux côtés de la frontière. En revanche, on se souvient encore de l'assassinat, le 16 mars 1914, de Gaston Calmette, directeur du Figaro, par Mme Caillaux. Le quotidien menait depuis trois mois une campagne d'une violence inouïe contre son mari. Grand favori des élections législatives d'avril 1914, Caillaux était pour la droite et pour les partisans de la « revanche » l'homme à abattre. Derrière la campagne de Calmette, il y avait Raymond Poincaré, Louis Barthou, Aristide Briand et, selon toute apparence, la Russie tsariste. La preuve n'a jamais été apportée de la machination ourdie par ce clan contre Caillaux. Aussi bien ce récit, scrupuleusement respectueux des faits historiques avérés, ne présente leur complot que comme la plus crédible des hypothèses, sur la base de présomptions à vrai dire accablantes. Les conséquences du geste irraisonné d'une femme qui croyait rendre service à son mari furent désastreuses. Sa première victime était Calmette ; la deuxième Caillaux lui-même, dont la carrière et les ambitions furent brisées net. La troisième... la paix !

    Illustration originale d'après : © Selva / Leemage ; © René Dazy / Rue des Archives

  • Un roman qui nous révèle la face cachée de celui que l'on appelait l'incorruptible.

  • En 1862, un corps expéditionnaire français débarque sur les côtes mexicaines. Brillant officier d'état-major, un jeune capitaine, le comte Antoine Boyer de La Sauldraie, héros de Solferino, filleul et protégé de Napoléon III, se porte volontaire pour le Mexique, espérant y trouver aventure, exotisme, avancement et gloire. Il y vivra des amours tumultueuses avec Inès de La Fuente.

  • Découvrir à la fois la vie et la guerre, c'est le lot de toute génération qui a connu le froid, la faim, la peur, les bombes, à l'âge des premiers jeux, des premières émotions, des premiers souvenirs. Être un petit garçon de cinq ans, en 1941, c'est se retrouver victime d'une bien mauvaise plaisanterie de l'histoire. Le mal ne serait pas si grand si la tendresse d'une mère, la chaleur d'un foyer protégeaient l'enfant et ses frères contre le vent mauvais d'un temps sans pitié. Mais entre une mère morte trop tôt et un père très occupé, l'une disparue, enfouie, apparemment oublié dans sa tombe, l'autre pris dans le tourbillon de ses amours, de ses ambitions et de ses dérives, tous deux absents, il n'y a personne pour tenir la main de ce petit Parisien -lui-même- dont Dominique Jamet évoque aujourd'hui le souvenir, personne pour l'aider à traverser ses années deux fois noires.
    Qu'est-ce, dira-t-on, qu'un malheur particulier dans le grand malheur général, quelques gouttes de plus dans un océan de larmes? Plus peut-être qu'on en peut supporter. Assez pour en rester marqué, blessé, glacé, toute sa vie. Il a fallut que le temps passe pour que Dominique Jamet ose enfin regarder en face et raconter l'enfance qui lui a été volée.

    © Frédéric Morellec/Flammarion

  • Incarcéré à Fresnes pour collaboration, Claude Jamet sort de prison le 15 février 1945, et tout recommence comme avant. Du moins, c'est ce que croient ses enfants, Jean, Alain et Benjamin (le narrateur). Mais quelque chose en lui est brisé. Désormais, il porte une étiquette réputée infamante dans la France de l'après-guerre. Pourtant, il refuse d'admettre de ne pas avoir eu raison contre l'événement. Le père se reconstruit une forteresse. Les siens en deviennent les gardiens fidèles. Ils portent le deuil de la Libération, la nostalgie des années sombres. Une autre guerre, domestique, misérable, se déroule à la maison. Une femme devient le cauchemar des enfants. Souffre-douleur et tortionnaire, elle détruira la famille.

  • « En amour » disait Bonaparte, « il n'y a qu'une solution : la fuite ». Faut-il retenir l'opinion lapidaire d'un stratège qui passe pour avoir manoeuvré comme une huître sur la carte du Tendre ? On est toujours vaincu par l'amour, que ce soit par K.-O., par jet de l'éponge ou par forfait. Ces petites flèches empoisonnées ne pardonnent pas. Telle pourrait être la morale - l'une des morales - de ces quelques trente scènes de la vie de couple qui évoquent les enfers et les paradis dont est pavé notre purgatoire.
    Querelles de Brest ou d'ailleurs, brouilles sur canapé, réconciliations sur l'oreiller, coups de foudre, coups fourrés, amours toujours, amours défuntes, c'est le pain de ménage, la vie quotidienne du coeur. Il se peut qu'au bout du compte on se retrouve seul, mais c'est d'ordinaire à deux, à trois, ou davantage.
    Ces récits font-ils plus appel à l'imaginaire ou à l'observation ? Il n'importe. Chacun y retrouvera des situations qui sont notre lot commun, que nous les ayons vécues ou que nous en ayons été les témoins. Nous sommes tous des juifs amants, comme on disait dans les rues de Mai 68, et ce combat-là continuera toujours.

  • Le nouveau Candide

    Dominique Jamet

    On les avait quittés il y a deux cent cinquante ans sur lesbords du Bosphore où ils cultivaient paisiblement leur jardin. Chassés de Turquie par la montée de l'intégrisme, la hausse des impôts et la mévente des fruits confits, Candide, Cunégonde, Cacambo, la vieille, Pangloss et Martin embarquent pour la France.
    Ils y font connaissance avec les aéroports, les prisons, les énarques, les intellectuels, la Cour, l'action humanitaire, les organismes caritatifs, les syndicats, l'ANPE, la télévision, les élus locaux... C'est l'occasion, pour eux et pour le lecteur, d'un périple à travers les privilèges, les injustices, la corruption, l'hypocrisie, la sottise, le conformisme, les combines, bref, la société de notre temps.
    Voyage en Absurdie, ce roman pamphlétaire où l'on retrouve la plume acérée de Dominique Jamet est aussi un remède efficace contre la morosité. Voltaire, trois cents ans et toutes ses dents, ne s'y sentirait pas dépaysé...

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