• Le projet de la collection obéit depuis le début au désir de confronter le travail d'un plasticien avec celui d'un écrivain : jouer l'articulation d'un regard avec la parole ; prendre le parti du frottement contre celui de l'illustration, dispositif de circulations au risque de la porosité, et faire naître des hasards les plus belles correspondances.

    Le travail que nous proposent l'écrivain Laurent Herrou et le photographe Jeanpierre Paringaux possède pour lui l'évidence d'une telle correspondance, parce que leur projet y est ici de part en part, et depuis quelques années, échange. Si chacun possède ses singularités, leur articulation joue l'un pour l'autre, en diffusion : les deux artistes travaillent l'un avec l'autre, c'est-à-dire aussi l'un contre la forme de l'autre, miroitement intense de l'image sur son écriture, et de l'écriture en regard de l'image.

    Journal tenu lors d'une résidence à Bruxelles - la ville devient la plaque impressionnante où se réfléchit cette articulation : de la ville, on dira peut-être qu'elle finit par devenir le lieu de la rencontre, en point de fuite qu'on n'atteindra jamais. Est-ce que l'image est l'espace projeté dans lequel les textes se recueillent en précipices intimes ? ou leur conscience même, l'intériorité de ces fragments de journal, qui disent au jour le jour les lectures (Sagan) les rêves (ses peurs), les désirs (dans ses douleurs les plus profondes, les plus extrêmes) et les joies qui accompagnent le passage des jours ?

    Mais la dialectique intérieur/extérieur est illusoire ici, parce qu'aucune secondarité ne fait fonctionner la machine désirante qu'est Bruxelles Plic Ploc - les deux formes ne cessent de questionner leur rapport : rapport sensible, rapport de force comme en l'autre trouver ses propres questions, rapport de faiblesse aussi, en ce que l'objectivité que ne cesse de renvoyer le monde ne suffit pas, n'est jamais suffisante en regard de la question qu'on lui adresse.

    Devons-nous (me) déconstruire ensemble - comme je le fais seul de l'écriture, depuis tellement d'années - pour que j'aie une chance de (re)vivre ?

    Solitudes essentielles qui s'affrontent au geste de montrer le monde, de le dire ; solitudes qui trouvent en elles-mêmes la possibilité de se rejoindre.

    Arnaud Maïsetti

  • La ville, en tant qu´elle aspire et provoque les nouvelles formes de récit, est forcément une ligne de force dans une tentative comme celle-ci. Et on essayera de l´honorer en permanence, qu´il s´agisse de la ligne de train Paris - St Quentin en Yvelines ou déjà de New York. Et c´est l´héritage du Baudelaire tel que scruté par Walter Benjamin, d´où la présence aussi du Peintre de la vie moderne.
    La ville, ce n´est pas une entité abstraite, ni exotique.
    Georges Perec, avec Espèces d´Espaces, a bouleversé notre approche : invariance d´échelle, la même complexité pour grand comme un timbre-poste, coin de rue, intérieur bistrot, et les échappées bord de ville, ou les aperçus horizon. Nous avons appris encore, depuis, qu´il ne s´agit pas d´une réalité indépendante du locuteur : c´est en inscrivant notre expérience de la ville, dans son rapport au temps, à l´espace, à l´ensemble des relations tissées avec les figures fugaces, anonymes (Baudelaire encore : Car j´ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais) qu´elle surgit du récit, alors qu´elle déborde de toute façon la somme de toutes ces expériences singulières, l´ensemble de ces trajets, l´agitation brownienne de toutes les relations qu´elle crée, à commencer par ces instants qui pour nous se font image. Que tout tient au mouvement, ces cinétiques, que tout tient aussi aux images : ce que nous avons à déconstruire du réel passe par comment, lorsque nous le dressons comme image, il se révèle à nous en dehors de ce que nous projetions sur lui.
    C´est une expérience de cet ordre que je présente ici :
    Confrontation simultanée, jouant de son temps réel, entre un qui fait des images (jeanpierre paringaux) et un qui tient récit (laurent herrou). Et la trace, fixée au jour le jour, nous lègue ces variations d´échelles, ces signes soudain isolés de la masse cinétique. Comment s´approprie-t-on une ville quand, lorsqu´il s´agit de New York, on en a déjà un visage tellement préconstruit que seule la marche, l´attente, la plus légère bascule peut rétablir l´expérience comme neuve ?
    Donc un journal, et si Michel Butor, l´auteur de Mobile, est présent dans le titre (où encore un peu de La Vie mode d´emploi), pas de hasard.
    FB laurent herrou auteur de deux romans [1], laurent herrou vit et travaille à nice il a publié des textes autobiographiques dans diverses revues littéraires et sur internet voir en particulier le blogl´emploi du temps avec le photographe jeanpierre paringaux il dispose également d´une page sur sur myspace qu´il met à jour régulièrement jeanpierre paringaux jeanpierre paringaux est né en 1951 avec un trait d´union dont il s´est débarrassé au début du 21ème siècle pour l´exposition en ligne du palais de tokyo, hype il se méfiait de l´informatique jusqu´à ce qu´un disque dur défectueux lui donne raison et détruise la totalité de sa base de données photographique : aujourd´hui il sauvegarde son travail et conjugue son emploi du temps en ligne avec l´écrivain laurent herrou il travaille en outre avec la chorégraphe emmanuelle pépin à l´élaboration de paysages sonores [2].

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